Municipalisme réformiste ou faire face au grand capital en mobilisant les travailleurs ? – Le gouvernement de “Podemos” à Cadix

7 juillet 2015

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Le 13 juin ont assumé les nouveaux maires surgis des élections municipales du 24 mai. Comme nous expliquons dans d’autres articles, le 24 M a été un tremblement de terre politique qui a fini avec les gouvernements du PP dans beaucoup de villes.

L’un des cas les plus résonnants est celui de Cadix, ville portuaire qui appartient à la Communauté autonome de l’Andalousie. Là a assumé le gouvernement municipal José Marie González (« Kichi »), membre du groupe Por Cadiz si se puede –Par Cadix, nous pouvons- (la plate-forme municipale sous laquelle il s’est présenté Podemos), en finissant avec 20 ans de gouvernement du PP.

Le cas de Cadix sera un cas témoin sur l’orientation politique que Podemos adopte à la tête d’une instance de gouvernement. Mais il y a aussi un autre fait très significatif : le maire élu fait partie du courant Anticapitalistas. Il s’agit d’un groupe d’origine trotskiste, lié au Secrétaire Unifié de la Quatrième Internationale..

Jusqu’en janvier 2015 ce groupe faisait partie de Izquierda Anticapitalista, parti qui (sur proposition de sa direction) a voté majoritairement se dissoudre avec l’objectif de pouvoir être intégré pleinement à Podemos.

Par conséquent, le cas de Cadix sera aussi un cas témoin de la politique votée par la majorité de Izquierda Anticapitalista, de dissoudre un parti révolutionnaire à l’intérieur d’une formation  « large » de contenu réformiste.

Le « Municipalisme réformiste »

Cadix est une ville durement frappée par les politiques d’austérité promues depuis tous les niveaux de l’État espagnol : depuis le gouvernement national du PP, en passant par la Communauté autonome de l’Andalousie et par le propre Conseil municipal. Cadix se caractérise par des taux très élevés de pauvreté (plus de 20 pour cent) et de chômage (plus de 40 pour cent, et 70 pour cent dans le cas des jeunes). Les  « desahucios » (expulsions des logements) sont monnaie courante, en posant une crise du logement grave. Il s’agit de l’un des plus clairs exposants de la grave situation sociale traversée par l’Espagne, et qui a provoqué l’apparition du mouvement d’Indignés en 2011.

Dans ce cadre, l’échec du PP reflète sans doute une avancée importante dans la conscience populaire, et signifie une recherche de la part des travailleurs, de la jeunesse et de tous les secteurs opprimés de rompre avec leur situation désespérante. C’est pourquoi le triomphe de Podemos a été assumé comme propre par des milliers de personnes, et l’assomption de  « Kichi » a été fêtée dans les rues par des masses avec le chant :  « Oui on peut! ».

Sans cesser de reconnaître tout cela, il est nécessaire d’analyser l’orientation politique proposée par Podemos pour Cadix, qui ne diffère en rien de substantiel de l’orientation défendue au plan national.

Dans la plate-forme électorale de Por Cadiz si se puede, on peut lire ses linéaments principaux. Elle est divisée en trois sections : la première développe la  « participation citoyenne »; la deuxième,  « l’usage social de la ville », et la dernière, le  « bien-être citoyen ».

Une caractérisation de l’ensemble de la plate-forme la définirait comme  « municipalisme réformiste ». C’est-à-dire, il s’agit d’un ensemble de propositions qui visent à développer de petites réformes moyennes dans le cadre de l’existant, sans aucune rupture profonde.

Pour commencer, le sujet auquel fait appel toute la plate-forme est le  « citoyen ». Il s’agit d’une entité abstraite, qui égale le travailleur avec l’entrepreneur, le dépossédé avec le millionnaire. Il semblerait que la société n’est pas divisée en classes avec des intérêts opposés. Par conséquent cela génère l’illusion que  « nous allons tous dans le même sens ».

Cela ne peut plus que désarmer. Toute tentative de la gauche de gouverner (bien que ce ne soit que dans une ville), nécessairement amènera un secteur de la société à s’opposer à l’autre, si vraiment l’on veut avancer effectivement dans un type de redistribution économique ou de régulation du profit capitaliste dans n’importe laquelle de ses formes.

De cette première confusion en dérive une deuxième. L’axe central et privilégié de la plate-forme est la  « participation citoyenne ». Pour cela ils se proposent une importante quantité de mécanismes qui permettraient de débattre et d’élaborer des projets, en plus de divers outils d’audit et de transparence. Mais sans partir de la division des classes, des intérêts opposés, il semblerait que la  « participation » est simplement un acte amiable et civilisé, où les propositions sont créées et sont mises en application sans résistances. Il ne tient pas en compte du fait que les capitalistes défendent bec et ongles leurs privilèges, ce qui fait que les travailleurs et les opprimés en général ne peuvent imposer ses intérêts qu’à travers la lutte, la mobilisation et les méthodes d’action directe.

Un troisième grand problème de la plate-forme est l’absence totale de références aux problèmes comme l’emploi, le salaire et les conditions de travail. Ceci est étonnant dans une ville avec de si hauts niveaux de chômage, et dans un pays où la lutte contre la flexibilisation du travail est l’un des grands axes de la mobilisation populaire. Les travailleurs non seulement sont absents pour Podemos comme sujet de la transformation, mais aussi comme une « question » ou un axe politique.

Cela ne veut pas dire que la plate-forme n’ait pas d’aspects progressifs : la défense face aux « expulsions des logements », la défense des droits des femmes et des minorités, la proposition de ré-municipaliser des services publics. Mais même ces éléments restent  « flous » si l’on  ne se pose pas comment les imposer aux grands capitalistes. Il y a énormément de références aux plans  «  volontaires » et aux  « engagements », mais des mentions concrètes à la possibilité d’exproprier, d’imposer des grandes amendes, etc. manquent.

Perspectives – il y a déjà eu des expériences de municipalisme  réformiste

Il est encore trop tôt pour marquer où vont aller les expériences municipales de la gauche et des  « candidatures populaires ». Sans aucun doute il s’agit d’un phénomène nouveau en Espagne, dans un contexte d’énormes mobilisations populaires, d’une grave crise sociale et politique, du ras-le-bol et la rupture des masses avec les grands partis traditionnels.

Cependant, le municipalisme réformiste a déjà existé dans d’autres occasions et lieux : il s’est agi de l’un des grands emblèmes des Forums Sociaux Mondiaux réalisés dans la décennie des années 2000. C’était, par exemple, le  « petit cheval de bataille » du PT brésilien, qui avant d’être élu à la présidence du pays a gouverné la ville importante de Porto Alegre. Il faut aussi rappeler, dans les années 80, l’administration pas du tout positive de Liverpool au Royaume-Uni par le courant trotskiste Militant.

Dans aucun cas le municipalisme réformiste n’a apporté des changements profonds dans la situation sociale, ni a qualitativement réussi à transformer l’État. Sans soumettre le grand capital, sans imposer dans les rues et dans les lieux de travail le pouvoir des masses, sans rompre les mécanismes capitalistes de domination (économiques, politiques, idéologiques – culturels), il n’y a qu’une possibilité : administrer la misère existante.

Dans ce cadre, les gouvernements municipaux de la gauche pourraient être un levier pour développer la conscience et l’organisation des travailleurs et les secteurs exploités et opprimés. Mais pour cela la politique municipale devrait être celle d’une confrontation avec les capitalistes, d’un appel à la lutte de classes et non pas de propagation d’illusions  « soft ».

Le programme  « municipaliste réformiste » impulsé par Podemos pour ces élections, par conséquent, a de fortes limites. Cela est logique, parce que Podemos a toujours eu un programme réformiste, et il donne des pas chaque fois plus grands vers l’élimination de ses côtés les plus  « radicaux ». Ce qui n’est pas compréhensible c’est que ce même programme soit partagé par Anticapitalistas qui provient (même indirectement) d’une tradition socialiste révolutionnaire.

La politique de dissolution de Izquierda Anticapitalista dans Podemos (qui coïncide avec la ligne de beaucoup de groupes du Secrétariat Unifié de se dissoudre dans des  « partis larges »), montre son vrai visage : le renoncement à une perspective stratégique d’émancipation révolutionnaire face au régime existant.

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