Une première approche au Mexique

25 avril 2016

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En préparant le débarquement du courant Socialisme ou Barbarie

Pour commencer à appliquer les décisions du dernier Congrès du Nouveau Parti Socialiste de Costa Rica, pour commencer la construction du courant Socialisme ou Barbarie au Mexique, nous avons y fait un premier voyage. Ce texte est une première réflexion sur la société mexicaine, sur les possibilités constructives de notre organisation – et de la gauche en général-, des réflexions et des annotations que, naturellement, nous devons continuer à approfondir et préciser pour avoir une compréhension rigoureuse et une construction politique dans la passionnante société  mexicaine.

Une idée générale du Mexique actuel.

La première impression que la société mexicaine donne est celle d’un géant endormi. Toute la puissance, la richesse culturelle et politique de cette société, se trouve actuellement dans un de ses moments les plus complexes.

Quand notre voyage finissait, le Congrès mexicain, en première discussion, a voté  faciliter l’instauration du régime d’exception  dans tout le territoire fédéral, ainsi que le droit de réprimer y compris avec une violence létale les attaques contre « l’ordre » dans l’État du Mexique.

C’est comme si la nuit néolibérale ne s’est jamais finie au Mexique, comme si depuis les années quatre-vingt-dix tout aurait suivi un cours de soumission de plus en plus grande au capitalisme mondial -centralement au capitalisme états-unien- et toutes ses implications sociales et politiques avaient des effets encore aujourd’hui : la désorganisation syndicale de la classe ouvrière, la fragmentation des alternatives socialistes et révolutionnaires en particulier, etc..

Il n’y a pas eu comparativement des gouvernements « progressistes » ou « socialistes du XXIe siècle » qui jouassent un rôle de contention contre le capitalisme néolibéral, ce qui montre comment le processus dans le pays est en retard par rapport à celui  des autres pays en  Amérique du Sud pendant la dernière décennie.

Les implications les plus profondes de cette implémentation radicale néolibérale ne sont pas seulement la violence dans des centres touristiques à cause de la présence du trafic de stupéfiants, qui existe aussi en Costa Rica, par exemple, mais avec la différence que le Mexique est beaucoup plus grand et par conséquent il y a plus de cas de violence. Il y a surtout la désorganisation qui semble régner à l’intérieur de la classe travailleuse mexicaine, à l’intérieur de l’activisme étudiant et à l’intérieur des organisations de gauche en général et  révolutionnaires en particulier.

Aujourd’hui l’historique Syndicat Mexicain d’Électriciens (SME) ainsi que quelques restes de la grève étudiante de 1999, se trouvent dans une situation profondément défensive, par exemple. En ce qui concerne les organisations de gauche, elles semblent suivre  d’une manière absolue l’orientation de l’EZLN, qui est utile à la bourgeoisie mexicaine… parce qu’il défend le renoncement de la politique, des problèmes globaux, laissant aux les affaires de l’ensemble. Ne pas se poser de prendre le pouvoir pour transformer le monde  n’est pas seulement profondément utopique, mais cela condamne à l’isolement aux communautés qui se auto-organisent. Mener une politique révolutionnaire est une nécessité en face du capitalisme et de l’État bourgeois, tâche qui inclut la nécessite de profiter des brèches de l’actuel régime, toujours dans la perspective de se battre pour le pouvoir, d’une nouvelle révolution politique et sociale.

De toute façon, malgré cette erreur significative de l’EZLN, il ne s’agit pas d’être sectaire avec les communautés qu’il représente. Nous devons étudier en profondeur le sujet, mais nous pensons que la bataille pour l’autodétermination des communautés que le zapatisme représente doit faire partie de la lutte des ouvriers, de paysans et d’autres secteurs populaires pour la révolution socialiste. C’est à partir de cette position stratégique qu’il faut avoir une politique.

Il est certain, en revenant à la question du parti, que les sentiments « antiparti » ne sont pas seulement une caractéristique imposée à l’avant-garde par le neozapatisme. C’est vrai que tout le système de partis bourgeois mexicains est l’expression d’un système ouvertement immoral (peut-être mieux amoral) d’enrichissement illicite et de corruption. Le Parti vert écologique est la main droite du gouvernement, dans un pays où il y a des dizaines d’écologistes assassinés. Le PRD, qui  joue le  rôle de gauche du régime est responsable de la disparition des 43 d’Ayotzinapa. Le PRI a coopté depuis des décennies l’héritage de la dernière révolution mexicaine … Tout ce qui aide à discréditer l’idée même de parti.

Mais le Mexique n’est pas une société décomposée. C’est une société où les opprimés et les exploités sont sur la défensive … sur la défensive avec un héritage politique et  culturel révolutionnaire duquel la société mexicaine semble assez consciente.

Des éléments de l’histoire mexicaine en clé révolutionnaire

Notre voyage au Mexique nous a éclaircit sur une figure que mérite respect, bien qu’il ait été un prêtre. Miguel Hidalgo y Costilla a été un authentique jacobin qui en 1810 a été à la tête de l’attaque à l’Alhondiga, il a commandé une armée populaire d’environ 20.000 hommes (une vraie armée de sans-culottes) qui a initié le processus d’indépendance mexicaine. Dans l’attaque les Espagnols ont été balayés de Guanajuato avec des méthodes jacobines. Telle est l’entrée du Mexique dans l’histoire des révolutions. Une entrée qui fait pâlir de frayeur et lâcheté à plus d’un petit « intellectuel » bourgeois ou politicien réformiste …

Après cette « entrée » dans l’histoire des révolutions modernes, le Mexique a eu encore deux révolutions, une au milieu du XIXe siècle, dirigé par Benito Juárez et dont le grand point est l’affrontement avec l’impérialisme français, et la plus fameuse, la révolution mexicaine de 1910, dirigée par Zapata et Villa.

En suivant la forme de toutes les révolutions précédentes du XXe siècle, toutes ces révolutions ont fini par consolider le pouvoir de la machine d’État bourgeois mexicain, même si elles ont donné de grandes conquêtes comme résultat. C’étaient des révolutions – l’entrée des masses dans la vie politique à travers de la mobilisation de rue- qui n’ont pas réussi à revendiquer d’une manière conséquente les intérêts historiques des opprimés et des exploités, d’où que toute cette énergie ait fini par être réabsorbée par la domination bourgeoise sur le Mexique.

La consolidation de l’État mexicain à partir du détournement, réabsorption ou « interruption » de l’expérience révolutionnaire, confirme d’une certaine manière la posture d’une dialectique entre une révolution et État, réalisée par Lénine dans la continuation de Marx : « toutes les révolutions antérieures ont perfectionné la machine de l’État, et ce qu’il faut est de la casser, de la détruire ».

Que la révolution de 1910 soit restée incomplète, qu’elle n’ait pas réussi à établir un État ouvrier (Russie), ou un état non capitaliste (Chine ou Cuba)  rend compte d’une expérience qui n’a pas été réalisée dans la société mexicaine; il est finalement clair que elle n’a pas réussi à compléter la révolution bourgeoise, même si elle a été une révolution historique,  immense qui a donné lieu à une série de conquêtes et qui a façonnée la société mexicaine jusqu’à aujourd’hui.

C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter comme perspective historique la possibilité d’une quatrième révolution mexicaine. Il ne semble pas aujourd’hui qu’il y ait des conditions minimales pour cela;  toute une accumulation politique immense est nécessaire, beaucoup de batailles politiques, etc.. Mais comme l’histoire ne s’arrêtepas, c’est en réalité une position cohérente d’assumer que dans l’avenir du XXIe siècle nous verrons les exploités et les opprimés mexicains se lancer dans la rue comme  méthode pour faire irruption dans la politique.

Le Mexique d’aujourd’hui : une perspective

Au Mexique aujourd’hui il y a plus de 40.000.000 de salariés (des prolétaires sans aucune doute) qui sont le résultat de toute une histoire d’oppression, d’exploitation, de lutte révolutionnaire, contre-révolutionnaire, etc.. (voir sous-titre sur le développement inégal). C’est le résultat d’une histoire très complexe et surtout très « mouvementée ». La stabilité n’est pas un trait distinctif de la société mexicaine et c’est par cela que nous ne croyons pas que le modèle des années 90  va avoir une vie trop longue.

Nous ne parlons pas ici, loin de là, du saut de la non-organisation à la révolution. Ce triple saut mortel n’est pas à  l’ordre du jour aujourd’hui pour la société mexicaine. Le prochain saut est celui de la non-organisation à la politisation et à l’organisation, qui redonderait probablement dans une radicalisation par la gauche des positions des mexicains exploités et opprimés. La naturalisation de l’état d’exploitation et d’oppression actuel ne va pas durer pour toujours et, encore plus, il semble qu’il a déjà commencé à se modifier, très lentement, très initialement c’est vrai.

Surtout ici, le problème est le géant prolétaire endormi. Pour une série de circonstances, la classe ouvrière n’a pas joué un rôle indépendant dans la révolution de 1910; même dans beaucoup de cas elle s’est opposée de façon réactionnaire à la paysannerie révolutionnaire qui était la base de la révolution. C’est la cause de l’idée dans beaucoup de secteurs d’avant-garde que la classe travailleuse ne serait pas appelée à être l’avant-garde stratégique du processus de la lutte.

De toute façon, la campagne d’Antonia Hinojos dont nous avons déjà analysé le contenu dans des articles précédents, ainsi que les candidatures indépendantes à l’Assemblée Constituante de l’État du Mexique (que nous n’abordons pas ici par manque d’espace) sont deux indicateurs, initiaux encore, de l’organisation pour-soi qui commence à faire la classe ouvrière mexicaine. Les mobilisations de masse  pour les 43 d’Ayotzinapa (campagne qu’il faut soutenir) sont aussi un essai de cette réorganisation naissante.

L’instauration d’une tendance directement socialiste et révolutionnaire, non corporative ou simplement anticapitaliste,  est la tâche que  les militants de Socialisme ou  Barbarie assumons face à l’actualité de la société mexicaine. Notre courant international essaie de réactualiser dans ce sens les traditions révolutionnaires de la société mexicaine. Nous essayons d’installer la discussion d’une nouvelle révolution mexicaine qui modifie l’actuel capitalisme mexicain dépendant ou semi colonial des États-Unis, dans la perspective de la révolution socialiste que commandée stratégiquement par les travailleurs,  mette en place une alliance ouvrière et paysanne qui commence par assumer l’ensemble de tâches démocratiques et sociales à accomplir encore dans le pays. La perspective d’une transformation sociale pour le bénéfice de la majorité et qui précisément pour cela devra détruire l’actuel État mexicain.

Cela, naturellement, d’une manière stratégique, en même que nous accomplirons des tâches politiques initiales avec le objectif d’organiser, politiser et construire l’outil si nécessaire du parti révolutionnaire.

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Le Développement Inégal : la construction de l’État mexicain

Toute cette histoire révolutionnaire du Mexique enfonce ses racines dans la manière dans laquelle l’État mexicain s’est consolidé depuis la colonie, et même peut-être avant… La colonisation de Tenochtitlán par les Espagnols a été l’une des impulsions décisives à la consolidation du capitalisme mercantile et par conséquent l’un des fondements historiques du capitalisme.

Cette consolidation s’est réalisée d’une manière radicalement inégale et combinée. Trotski disait qu’en Russie il y avait un développement inégal entre toutes les formes capitalistes occidentales et les formes asiatiques, qui se combinaient d’une manière contradictoire en l’impulsion capitaliste occidentale et les conditions féodales qui régnaient en Russie encore au commencement du XXe siècle. Une « contradiction » d’environ 400 années entre le capitalisme et le féodalisme.

Mais le cas mexicain est plus marqué encore. Si nous suivons les catégories de l’anthropologue Gordon Childe nous devons dire que Tenochtitlán était dans son haut point de révolution urbaine… ce que les civilisations antiques babyloniennes, mésopotamiennes et égyptiennes avaient consolidé autour de l’année 3000 av. J.-C. en  Tenochtitlán commence vers l’année 1500 apr. J.-C.… la contradiction n’est pas  entre un féodalisme en retard et un capitalisme avancé : mais entre le néolithique et le capitalisme!

La meilleure démonstration de cette caractérisation de la société originaire nous la donne le développement de l’écriture dans les villes mayas, autour de 1.000 apr. J.-C, alors qu’en Europe et en Asie il y eu développement de l’écriture depuis 6.000 av. J.-C..

Cette société « antique » est rentré dans une contradiction directe avec le capitalisme mercantile de 1.500 apr. J.-C, c’est pourquoi il y a en même temps deux formes théoriques du marxisme pour comprendre le développement capitaliste : l’accumulation originaire de Marx et le développement inégal et combiné de Trotski.

Les conséquences de cette contradiction sont connues (par exemple les génocides) mais il n’est pas nécessaire d’y revenir dans le détail en ce moment. Ce qui nous intéresse remarquer c’est une idée qui a été déjà apportée par Adolfo Gilly, dans le sens que les Espagnols n’ont pas trouvé comme richesse principale l’or, mais des hommes et des femmes des peuples originaires, qui à partir de là, et encore jusqu’à aujourd’hui, ont passé pour un processus de transformation et de consolidation comme de force de travail suivant les besoins du capitalisme mondial.

L’actuelle force de travail mexicaine est la conséquence d’un processus clairement reconnaissable (peut-être le plus clair des pays hispanophones de l’Amérique latine) : avec aide de l’État, les classes dominantes ont modelé des classes opprimées conformément à ses propres intérêts d’exploitation. Ainsi, après le massacre des peuples originaires, la récupération de la population dans l’État mexicain fut liée au développement de différentes formes de travail exploité. L’imposition de ces formes de travail a été faite d’une manière majoritairement violente même au  XIXe siècle, quand il y a encore eu des déplacements forcées de peuples originaires qui,  guidés par des socialistes utopiques faisaient face à l’État bourgeois mexicain. Il est difficile de concevoir quelque chose de plus inégalement développé, une combinaison plus radicale entre le « nouveau » et « le vieux », entre le socialisme et les populations originaires.

Cette contradiction extrêmement abrupte donne à la société mexicaine plusieurs de ses traits sociaux, économiques et politiques. La contradiction entre la campagne et la ville est peut-être le phénomène le plus tangible. Ce fait a pratiquement marqué toutes les révolutions mexicaines, où les luttes des classes ont eu tendance à s’exprimer à partir du positionnement politique de villes entières.

Ce développement inégal et combiné a d’autres implications contradictoires. D’un côté il donne à la société mexicaine des caractéristiques très réactionnaires dans des périodes de désorganisation des opprimés et exploités, comme aujourd’hui, dont le meilleur exemple sont les 43 d’Ayotzinapa disparus par l’armée. Mais d’un autre côté, il donne à la société mexicaine un dynamisme inquiétant. La réalité politique d’un État est relativement indépendante du reste de la république fédérale,  et différente encore de la ville de Mexico, où l’avortement est légal.

Cette richesse politique doit être utilisée pour mieux expliquer le besoin d’une alternative socialiste et révolutionnaire. Les conditions sont prêtes pour établir pratiquement n’importe quel type de discussion politique contemporaine.

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Trotski figure culturelle et  révolutionnaire

La fresque impressionnante de  Diego Rivera, de l’Homme Contrôleur de l’Univers[1], qui est aujourd’hui le bijou qui couronne le Palais des Beaux-Arts, exprime clairement les potentialités de la société mexicaine. Au centre, une figure humaine avec la capacité de contrôler l’univers entier, de un côté les forces de la réaction, de l’exploitation, de la religion; de l’autre côté les forces de la révolution, de la science, du prolétariat. C’est l’expression de la quatrième (et future) révolution mexicaine.

Là, au centre du Mexique, l’État bourgeois n’a d’autre option que de se dévoiler lui-même. L’État bourgeois mexicain est l’un des soutiens fondamentaux du capitalisme états-unien, la bataille pour le Mexique est alors réellement stratégique dans la lutte générale contre le capitalisme et pour le socialisme. L’Etat mexicain saisi d’un côté par l’impérialisme et par l’autre par tous les secteurs populaires, c’est ce qui évite que la peinture de Rivera saute à la vie et devienne réelle.

De la même manière, les stratégies théoriques et politiques qui ont été élaborées par Trotski doivent sortir aussi des musées mexicains et s’incarner chez les mexicains exploités et opprimés. Il semble très romantique ce que nous disons, mais c’est une vérité que Trotski  est une figure culturelle installée dans la société mexicaine. Une espèce de description générale du trotskisme constitue l’axe central des visites faites par les guides qui présentent le Palais des Beaux-Arts et le Musée Trotski : quelque chose de très similaire de ce que nous disons face aux nouveaux sympathisants quand ils nous demandent qu’est-ce que le trotskisme. Il est nécessaire que le trotskisme profite de cette tradition culturelle pour donner un pas vers la construction politique de la stratégie socialiste révolutionnaire.

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